lundi 26 juin 2017
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Plusieurs travaux de recherche ont été effectués à l'échelle mondiale, depuis l'apparition du virus Ebola chez l'homme, en 1976. L'un des plus récents concerne une étude publiée au mois de février portant sur le traitement de cas d'infection avancée au virus Ebola chez des souris, à l'aide de l'antivirus T-705.

Plusieurs travaux de recherche ont été effectués à l'échelle mondiale, depuis l'apparition du virus Ebola chez l'homme, en 1976. L'un des plus récents concerne une étude publiée au mois de février portant sur le traitement de cas d'infection avancée au virus Ebola chez des souris, à l'aide de l'antivirus T-705 (favipiravir). Parmi les traitements les plus prometteurs en cours de développement, les cocktails d'anticorps sont régulièrement cités. Un de ces traitements est en cours de développement au Laboratoire national de microbiologie du Canada, même si sa mise au point requiert davantage de recherche avant la phase de test chez l'homme. Mais en dépit des nombreux efforts de recherche, il n'existe, à ce jour, aucun plan d'action clair pour la commercialisation de ces remèdes, à cause des défis que posent les tests chez l'homme. 

“Pour que les grandes firmes pharmaceutiques produisent des vaccins à grande échelle, il faut un marché” Eric Leroy, directeur du CIRM (Gabon)

Pour Eric Leroy, virologue spécialiste d'Ebola et directeur du Centre international de recherches médicales de Franceville (CIRM), de grandes avancées ont été réalisées dans la recherche de remèdes efficaces contre le virus Ebola, mais la mise en œuvre à l'échelle industrielle de ces remèdes relève de la compétence des décideurs politiques et dépend de contraintes économiques. Dans un entretien avec SciDev.Net, Eric Leroy explique que les avancées réalisées portent notamment sur la recherche épidémiologique, vaccinologique, pathologique et thérapeutique. "Ces dernières années, les nombreuses épidémies qui ont touché plusieurs pays d'Afrique centrale – le Congo, le Gabon et la RDC, notamment – ont permis de mieux comprendre les mécanismes de l'émergence du virus."

"Il est aujourd'hui établi que ce sont des mammifères de l'ordre des chiroptères [les chauves-souris, NDLR] qui  hébergent le virus de manière permanente et naturelle, que l'être humain peut le contracter directement ou indirectement, via des espèces intermédiaires qui amplifient la charge virale, comme les grands singes, les chimpanzés et les gorilles, notamment", explique le chercheur. Selon lui, même s'il y a encore des zones d'ombre, en ce qui concerne notamment les modes d'action du virus sur le corps humain, l'essentiel de son mode de fonctionnement a été mis au jour, ce qui a ouvert la voie à la mise au point de nombreux traitements qui ont été testés, pour l'essentiel, sur des animaux. "Il y a des candidats-traitements qui marchent bien et ont donné des résultats intéressants sur le modèle animal, notamment les macaques", précise le chercheur, avant d'ajouter qu'il y a lieu de "tester ces candidats-vaccins sur l'homme." "Pour l'instant, on n'a aucune connaissance de l'efficacité de l'application des candidats-vaccins ou des candidats-molécules thérapeutiques chez l'homme ou des effets secondaires qu'ils peuvent engendrer sur l'organisme", poursuit Eric Leroy.

Pour autant, selon lui, on n'est pas loin de la mise au point d'un vaccin.

Dimension économique

La principale difficulté est d'ordre économique, explique-t-il. On estime à quelque 10.000 le nombre de cas d'Ebola depuis la découverte du virus, il y a une quarantaine d'années. De plus, les modèles épidémiologiques actuels sont circonscrits à quelques centaines de cas et ont la caractéristique essentielle d'être épisodiques, ce qui n'est pas économiquement viable pour les firmes pharmaceutiques. "Pour que les grandes firmes pharmaceutiques produisent des vaccins à grande échelle, il faut un marché. "La question reste donc en suspens: Les populations à risque sont-elles suffisamment importantes pour que les firmes pharmaceutiques s'engagent à produire des vaccins à grande échelle?" s'interroge Eric Leroy.

Selon le chercheur, il faudrait un appui des décideurs politiques, sur la base des dossiers de recherche disponibles, pour mettre au point une stratégie de lutte, comprenant des tests chez l'homme, puis la mise au point de vaccins et de traitements.

Pendant ce temps, certains milieux scientifiques s'inquiètent des risques de mutation du virus Ebola, mais pour Eric Leroy, ces risques sont négligeables, au regard de leur impact.

"N'importe quel virus, n'importe quel micro-organisme, n'importe quelle bactérie est en constante mutation", explique-t-il. "La souche d'Ebola Zaïre découverte en 1976 est différente de celle de 1995 en RDC ou de celle de 1996 au Gabon. "On attend encore les résultats du séquençage complet pour voir quelle est l'ampleur de la différence de cette souche vis-à-vis des autres souches de la même espèce."

Mais pour le chercheur, les mutations du virus Ebola ne compliquent pas pour autant les travaux de recherche, dans la mesure où il ne s'agit pas de mutations très importantes et vu que les virus sont relativement semblables. "Par exemple, entre 1976 et 1996, soit sur une période de vingt ans, il y a eu entre 2 et 3% de variabilité génétique. Mais cette variabilité n'est pas suffisante pour perturber le rythme de la recherche", conclut M. Leroy.

Cet article est une production de la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDev.Net.

 

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